Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
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Expositions archivées

 
gunther uecker, new-york dancer
Günther UECKER, "New York Dancer"r, 1965, © Collection privée.
 
Henk PEETERS, "Pyrografien", exposition à la Nul Galerie Wulfengasse, Klagenfurt, 1962. Tâches de fumée sur une feuille plastique.
 
Fujiko SHIRAGA, "Shiroi Ita", 1955, exposition expérimentale d'art moderne en plein-air, Défi au soleil du plein été, Ashiya 1955, bois (en deux parties).
 
 
ZERO
Avant-garde internationale des années 1950-1960
Du 15 septembre 2006 au 15 janvier 2007
 
ZERO est silence. ZERO est commencement. ZERO est rond. ZERO tourne. ZERO est la lune. Le soleil est ZERO. ZERO est blanc. Le désert ZERO. Le ciel au-dessus de ZERO. La nuit. ZERO coule. L'oeil ZERO. Nombril. Bouche. Bise. Le lait est rond. La fleur ZERO l'oiseau. Silencieux. Planant. Je mange ZERO, je bois ZERO, je veille ZERO, j'aime ZERO. ZERO est beau. Dynamo dynamo dynamo. Les arbres au printemps, la neige, feu, eau, mer. Rouge orange jaune vert indigo bleu violet ZERO ZERO arc-en-ciel. 4 3 2 1 ZERO. Or et argent, bruit et fumée. Cirque nomade ZERO. ZERO est silence. ZERO est commencement.
ZERO est rond. ZERO est ZERO.

Otto Piene, "Der Neue Idealismus", 1963.


Le texte cité ci-dessus est considéré comme le Manifeste ZERO. Il décrit parfaitement l'esprit de ce groupe d'artistes tournés vers une nouvelle forme de spiritualité, voulant faire table rase d'un passé lourd pour mieux s'engager dans le nouveau, et dont les préoccupations esthétiques et poétiques centrées sur le dynamisme du mouvement circulaire, la pureté de la couleur blanche, et les infinies variations d'une lumière universelle s'expriment souvent dans un esprit ludique.

“Le titre ZERO, finalement presque trouvé par hasard, était le résultat d'une recherche de plusieurs mois (ma première proposition avait été “Chiaro“). Nous [Mack, Piene] avons, dès le départ, compris ZERO comme un nom pour une zone de silence et de nouvelles possibilités, et non pas comme l'expression du nihilisme ou d'un gag dans l'esprit de Dada. Nous pensions au compte à rebours avant le départ d'une fusée - ZERO est la zone incommensurable, dans laquelle une situation ancienne se transforme en une situation nouvelle et inconnue“.

Otto Piene, 1964.



LE GROUPE ZERO

Le groupe ZERO est fondé par deux jeunes artistes, Heinz Mack et Otto Piene, tous deux formés à la Kunstakademie de Düsseldorf, bientôt rejoints par Günther Uecker. Ils organisent ensemble dans leur atelier des “expositions d'un soir“, qui sont l'occasion, le temps d'une soirée, de réunir artistes, critiques, étudiants, dans une ambiance festive pour partager des réflexions esthétiques autour de “nouvelles tendances“.

D'un point de vue plastique, les réflexions tournent essentiellement autour des nouveaux moyens d'utiliser la surface d'une toile pour y faire jouer des phénomènes universels. La toile n'est plus la page blanche qui servirait à une individualité de s'exprimer, elle est le réceptacle de phénomènes sensibles. Les premiers tableaux de Piene par exemple, "Raster Bilder" (tableaux trames) sont élaborés à partir de reliefs, dans des couleurs unies, souvent neutres, à même de pouvoir attraper les effets de lumière pour donner une dynamique à la surface.

On comprend alors le cheminement de ces artistes qui partent de ces tableaux trames figés, pour arriver à des installations électriques, les "Rotor" ("Lichtdynamo" de Mack) : des cercles d'aluminium martelé qui tournent régulièrement dans leur cadre de verre. Les moteurs donnent le mouvement, l'aluminium et le verre dont la surface est travaillée renvoient des reflets dynamiques de lumière : le tableau et les effets voulus ont été traduits concrètement, dans des matériaux modernes, tournés vers la technologie. Ces sculptures mobiles, utilisées également par Uecker avec ses "Funf Lichtscheiben", sont une étape importante de l'art ZERO, qui les rapprochent de l'art cinétique et de l'Op Art très présents dans l'esprit du temps. Uecker choisit quant à lui de traduire le jeu des reflets au travers d'un matériau brut, simple, concret : des clous, plantés sur une planche. Ce processus est répété dans d'infinies variations. "Pfeilbild" - “Le trou du coeur“ (1960) est sans doute le moment fondateur de sa démarche : il plante des flèches sur un panneau recouvert d'une toile blanche. Avec les clous recouverts de peinture blanche, les effets d'ombre et de lumière provoquent un mouvement sur la surface statique du tableau lorsque le regard s'y promène, et que le spectateur se déplace.

Heinz Mack, Otto Piene et Günther Uecker ont réussi à transmettre un élan vers le renouveau, grâce à l'utilisation de matériaux encore peu exploités dans le domaine artistique, la recherche de sensations liées au mouvement et à la lumière, la volonté de placer l'homme dans un système de références universel qui ne connaît de limite ni dans le temps ni dans l'espace.

ZERO fut à ce titre un des mouvements pionniers en Europe dans l'art de l'installation, soucieux de développer de véritables “environnements“. "Le Ballet de Lumières" ("Lichtballet") d'Otto Piene est emblématique : une salle entière, plongée dans le noir, est animée d'une multitude d'ombres et de reflets en mouvements, dans une ambiance musicale spécifique.


ZERO EST UN MOUVEMENT FONDE SUR LE PARTAGE ET L'OUVERTURE

Les “expositions d'un soir“, si importantes dans le moment fondateur du groupe en sont un témoignage éloquent : l'atelier de Mack et Piene s'ouvrait aux artistes, aux amateurs, et aux curieux le temps d'une soirée festive. Les artistes voyageaient, échangeaient et s'in-vitaient régulièrement. La septième exposition d'un soir par exemple, "Das Rote Bild" en 1958 réunit 45 artistes, dont Mack, Piene, Uecker, Bartels, Klein, Graubner, et Mavignier.

Un intérêt commun pour le renouvellement d'un art résolument tourné vers l'avenir, refusant toute forme de pathos et d'expressivité individuelle au profit de celle d'une force universelle prenait forme.
Yves Klein a exposé très tôt à Düsseldorf, dès 1957 c'est son exposition qui inaugure la Galerie Schmela, qui restera liée aux préoccupations du groupe ZERO. Son art, tourné vers la recherche d'une pureté essentielle, au travers notamment de son International Klein Blue, est proche de ZERO. Plus radical encore peut-être, ses espaces sont emplis de ce pigment bleu si particulier, irradiant, pigment qui va petit à petit recouvrir tous les objets (exposition Propositions monochromes chez Colette Allendy en 1957).

L'intérêt pour le mouvement aussi est visible dans les "Vitesses pures", en collaboration avec Tinguely. La prise en compte du spectateur dans un environnement, la recherche de l'immersion dans un espace de pureté a également été l'une de ses préoccupations : en 1958 il crée une oeuvre, La spécialisation de la sensibilité à l'état de matière première en sensibilité picturale stabilisée : une salle blanche dans laquelle le public est invité à pénétrer pour une durée limitée, expérimentant ainsi “le Vide“.

Autre personnalité marquante qui a accompagné ZERO, Piero Manzoni, avait ce même dynamisme, cette même envie de participer à un mouvement élargi de promotion de nouvelles recherches. Il ouvre une galerie à Milan (Azimut) en 1959 avec Castellani notamment, et édite une revue. Il expose Heinz Mack en 1960, et collabore avec Piene pour imaginer le "Placentarium", “architecture d'air“ pour son ballet lumineux : une sorte de ballon en plastique de 18 mètres de diamètre, argenté à l'extérieur pour protéger des rayons solaires, et blanc à l'intérieur. Cela rappelle les propres recherches artistiques de Manzoni et son Corpo d'aria.

Tous furent influencés par Lucio Fontana, considéré comme fondateur dans sa façon d'envisager la pratique artistique. Dès la publication du "Manifiesto Blanco" (1946), il se prononce pour un “art plus global“ - un art qui ne serait pas seulement un objet, mais un “geste“, renonçant au mythe sacralisant et individualiste du processus de fabrication de l'oeuvre d'art, pour insister sur l'acte spirituel qui le commande. Manzoni a exposé Fontana pour l'inauguration de sa galerie, et c'est Piene qui prononce le discours de vernissage de la première exposition de Fontana en Allemagne, dans la Galerie Schmela de Düsseldorf en 1960.


LE GROUPE NUL

Au-delà des individualités marquantes, de nombreux groupes et mouvements se sont multipliés à cette époque autour de préoccupations communes à celles de ZERO.

Le groupe NUL fondé en 1961 aux Pays-Bas par Armando, Jan Henderikse, Henk Peeters et Jan Schoonhoven est par exemple très proche de ZERO. Par leur nom d'abord, par le souci d'exposer les autres pour mieux partager et échanger ensuite, et enfin par cet effacement de l'individu dans la pratique artistique. Jan Henderikse s'installe à Düsseldorf en 1959 et fréquente les artistes ZERO, Henk Peeters sera invité à participer à l'exposition Peintures Monochromes en 1960, aux côtés de Mack, Uecker et Piene entre autres.

Peeters utlise l'énergie du feu dans ses "Pyrografies" : tout comme dans les “peintures feu“ de Piene ou de Klein, la suie est déposée par la flamme agissant comme un pigment pur. Les éléments sont détournés pour éveiller une nouvelle sensibilité à l'environnement : l'eau ("Wasserdecke", "Ijs Ijsbeer Ijskast"), le feu, l'air (les plumes sont souvent utilisées dans ses oeuvres). Peeters est également à l'initiative d'une importante exposition collective NUL 62 au Stedelijk Museum d'Amsterdam réunissant toute la “nouvelle tendance“ : Bury, Armando, Aubertin, Dadamaino, de Vries, Haacke, Goepfert, Manzoni, Fontana, Megert, Uecker....

Trois ans plus tard NUL 65 réunit les groupes ZERO, NUL, et GUTAI, créant pour la première fois des liens entre les oeuvres européennes et japonaises, visibles notamment dans cette attention aux éléments (Motonaga et ses sculptures d'eau teintée prise dans un tube vinyl, Kanayama et son ballon...).

Les tendances qui se révèlent autour de l'art cinétique et de l'Op Art emblématiques de cette époque sont également proches de ZERO. Par le mouvement et les variations des reflets des oeuvres de Bury et de Soto par exemple, on retrouve cette volonté de dépasser la stricte émotion de reconnaissance d'une expression individuelle, humaine, pour atteindre une sensibilité plus diffuse, moins précise, mais plus universelle : celle du temps et du lieu, tels qu'ils peuvent être reliés par celui qui les perçoit . Ceci se retrouve dans le titre-même des oeuvres de Nanda Vigo : "Cronotopo".

Le groupe GRAV auquel participe François Morellet s'intéresse également à une forme d'expression dénuée d'affect, dans laquelle l'expérimentation est particulièrement importante.


LE GROUPE GUTAI

Les artistes du groupe GUTAÏ (qui signifie spontané, direct, concret) se sont rassemblés autour de la figure de Jiro Yoshihara dès 1954.

La revue GUTAÏ paraît l'année suivante, suivie par la première exposition en plein air Défi au plein soleil de l'été. Les oeuvres des artistes Gutaï (Murakami, Yamazaki, Tanaka, Shiraga, Motonaga... ) sont marquées par la volonté d'échapper à la tradition d'un art précieux, bi-dimensionnel, enfermé, et narratif.

Les performances et actions se multiplient :
- Shiraga est suspendu à une corde, la toile posée par terre, pour peindre avec ses pieds ;
- Murakami traverse des châssis tendus de papiers pour n'y laisser que la trace violente de son passage, pendant que Kanayama peint ses toiles par l'intermédiaire d'une voiture téléguidée.

Yves Klein s'est intéressé à ce groupe d'artistes lors de son voyage au Japon, mais c'est Michel Tapié qui en a fait la promotion en Europe. Théoricien de l'art informel, il voyait des rapprochements entre ces artistes et les pratiques expressionnistes abstraites. Pourtant ce qui a pu rapprocher ZERO de GUTAÏ est loin de ces préoccupations.

Dans l'exposition d'Amsterdam NUL 65, la sélection des peintures ne convenait pas et Jiro Yoshihara et son fils Michio ont dû reconstruire in situ les installations de Shiraga ou Motonaga en urgence. L'importance des éléments naturels, la volonté de constituer des environnements, l'utilisation de nouvelles technologies et d'artifices lumineux ("Robe Lumineuse de Tanaka"), ainsi que cet effacement de l'expression individuelle pour se consacrer au “concret“, au commun partagé par toutes les sensibilités, est ce qui rapproche l'art de ces deux groupes, l'art de cet esprit d'un temps particulier.

Le zéro est ici comme là-bas un élément central : le vide préalable à toute création.

 

CATALOGUE

catalogue ZERO

ZERO, une avant-garde internationale des années 1950-1960
Edition : Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne Métropole / Un, Deux... Quatre Éditions, 2006 / Prix : 45 euros / Disponible à la librairie du musée et en librairies spécialisées / En consultation à la Bibliothèque Jean Laude.




BIBLIOGRAPHIE

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